Le prochain gouvernement, et plus exactement le futur ministre de l’Economie et des finances, aura du pain sur la planche. Les stratégie sectorielles et les accord commerciaux passés ces cinq dernières années ne commenceront à injecter leurs fruits dans la balance commerciale que dans quelques années. Pendant ce temps, le déficit se creuse et la conjoncture internationale n’arrange pas les choses. La flambée du pétrole a d’abord commencé à grever le tableau de bord national et la situation ne risque pas s’améliorer dans les prochains mois car les dégâts causés par la montée en flèche des matières premières et des produits de base ne tarderont pas à se lire sur la balqnce commerciale. A ce rythme, ni les recettes MRE, ni même les exportations de phosphates ne pourront inverser la tendance. Mais avant de trouver les remèdes, il est intéressant de dresser un état des lieux pour établir un diagnostic détaillé des ondes de choc. Certes, les échanges commerciaux du royaume avec l’étranger s’inscrivent en hausse, mais la structure n’a pas changé pour autant. Selon les statistiques préliminaires de l’Office des changes, les échanges ont atteint 216,3 milliards de DH à la fin des cinq premiers mois de l’année en cours, en hausse de 23,3% par rapport à la même période en 2010. La balance commerciale, quant à elle, creuse son déficit de 15 milliards de DH et s’établit à 76,5 milliards de DH, contre 61,2 milliards de DH durant la même période en 2010.Quant à la moyenne du déficit, elle est de 12,2 milliards de DH sur les cinq premiers mois de 2010 et de 15,3 milliards en 2011. Il va sans dire que l’élargissement de la part des importations des biens hors pétrole conjugué à une croissance importante des cours leur correspondant n’a pas manqué de creuser le gap entre les importations du royaume et ses exportations. Pourtant, les efforts pour améliorer ces dernières sont légion. Entre lobbying, simplification des procédures douanières, mise en place d’un système de financement favorable aux exportations, ajustement de la parité du dirham, les exportations ont certes progressé, mais pas suffisamment pour couvrir le niveau des importations. En effet, le taux de couverture oscille d’un mois à l’autre entre 44% et 56%, depuis le début de 2010.

La structure des importations fait ressortir une dominance des produits énergétiques, qui représentent 24,5%, damant le pion aux produits finis d’équipement qui étaient en tête en 2010. C’est dire à quel point le renchérissement des prix du pétrole brut de 31,3% sur les cinq premiers mois de l’année en cours ainsi que ceux des autres produits énergétiques, pèsent lourd dans la balance. La facture énergétique s’est inscrite en fait en alourdissement de 42,2%. La rubrique qui suit directement concerne les demi-produits, avec une part de 20,8% en fléchissement de un point de base par rapport à 2010. Les produits finis de consommation représentent 16,9% (contre 18,9% en 2010) et les produits alimentaires 12,5% (contre 9,9%). Par ailleurs, le repli d’une part d’une rubrique de dépense au profit d’une autre n’est pas synonyme de baisse de facture. Au contraire, à l’image des produits énergétiques, les produits alimentaires ont enregistré une progression de 57%, les demi-produits 23,1%, les produits finis de consommation 10% et les produits finis d’équipement 0,8%. Au total, la facture des importations est passée de 118,3 milliards de DH en 2010 à 146,4 milliards de DH, soit une progression de 23,7%.

Des exportations «manufacturées»
En parallèle, les exportations de marchandises ont atteint 69,8 milliards de DH, en progression de 22,3%. Ceci-dit, la hausse observée depuis début 2010 est ainsi soutenue principalement par la progression des exportations des produits phosphatés. Ceux-ci profitent d’une hausse de la production de l’OCP, mais surtout de la flambée des cours à l’international et s’inscrivent en amélioration de 50%. La reprise de la demande internationale s’est surtout ressentie au niveau des produits transformés. Ainsi, les demi-produits, qui représentent 30,5% des exportations se sont hissés de 43,6%. Les produits finis de consommation ont progressé de 12,4% et les produits finis d’équipement de 18,2%. Les produits alimentaires, qui étaient les vedettes de notre balance commerciale ont fait du surplace et leur part est passée de 21,3% à 17,4%. La structure des exportations s’inscrit certes en amélioration, mais tant qu’elle demeure focalisée sur des industries à faible valeur ajoutée, le gap ne pourra que se creuser davantage, face à des importations de plus en plus sophistiquées et focalisées sur des produits de consommation.

Défis
De grands défis attendent donc le prochain gouvernement. Le ministre de l’Economie et des Finances héritera d’une balance commerciale qui nécessite une intervention chirurgicale de haut niveau. Il s’agit de trouver le moyen de «sauver les meubles» en maintenant le déficit à des niveaux supportables, et ce en attendant de récolter les fruits des stratégies sectorielles exportatrices. Ce qui nécessiterait, au meilleur des cas une bonne dizaine d’années, c’est à dire à l’horizon 2015-2020. Tout cela, en croisant fortement les doigts pour que la flambée du pétrole et des matières premières se calme pour ne pas rendre l’equation encore plus insolvable.

Par Sara BAR-RHOUT   
Mardi, 21 Juin 2011 16:00

http://www.lesechos.ma/finances/12210-balance-commerciale-ce-qui-attend-le-prochain-gouvernement.html
 

Mise à jour le Mardi, 21 Juin 2011 12:41